The Expansion of the Scope of American Economics (1949-1992), Doctoral Dissertation in French

Téléchargement (Fichier .PDF)

Dans ma thèse de doctorat, je propose d’établir une histoire de l’élargissement de l’utilisation des outils de la science économique après la Seconde Guerre mondiale à des sujets « non économiques ». Je montre que l’émergence de questions « aux frontières » de la science économique et des autres sciences sociales fut stimulée par la place changeante de l’Etat dans la société américaine depuis l’après guerre. C’est son contrôle grandissant sur l’économie au sortir de la guerre, puis son intervention dans le domaine du social durant les années 1960, qui permettent d’expliquer le rapprochement de ce qui relève de l’économique, du politique et du social. Le traitement de ces questions aux frontières favorisa par la suite le franchissement des frontières traditionnelles par certains économistes.

Plusieurs résultats sont identifiés. Le premier résultat montre que l’évolution des frontières séparant les sciences sociales ne fut pas instantanée ni homogène, mais s’effectua en trois étapes clés. Tout d’abord, à partir de la fin des années 1940, les économistes s’intéressèrent à l’analyse du politique. Dans un contexte marqué parla Guerre Froide, une intervention importante de l’Etat dans les affaires économiques, et une certaine méfiance vis-à-vis du pouvoir central, les économistes s’interrogèrent sur la possibilité d’obtenir des décisions collectives satisfaisant les préférences individuelles, et, ce faisant, abordèrent des problématiques similaires à celles des politologues. Puis, à partir du milieu de la décennie 1960, les politiques publiques se focalisèrent sur les problèmes sociaux découlant de la pauvreté : le crime, la santé, l’éducation, ou encore la discrimination. Conjointement au programme de « Guerre contre la pauvreté », je montre que l’élargissement de l’analyse économique s’orienta vers l’étude du social. Enfin, forts du succès de ces développements de la science économique, certains économistes développèrent l’idée que les comportements rationnels et les forces de marché étaient la base universelle de tout comportement humain. L’émergence d’une « approche économique » des comportements humains souleva une question centrale : l’analyse de la société peut elle se réduire à l’analyse des forces économiques ? Tout au long des années 1970 et 1980, ce débat permit d’étendre les frontières de l’analyse économique à toutes ses disciplines avoisinantes, tout en stimulant le renouveau d’un dialogue interdisciplinaire.

Le deuxième résultat concerne la pratique des économistes. Chacune des étapes de l’élargissement des frontières de la science économique s’accompagna d’une pratique et de perceptions particulières de la science économique et de ses frontières, pouvant en exclure d’autres. Par exemple, l’émergence de l’analyse économique du politique par l’école des Choix Publics à la fin des années 1950 exclue les analyses économiques du social de Gary Becker à cette époque.

Le troisième résultat met en lumière la grande diversité des points de vue défendus parces auteurs à l’origine du mouvement d’élargissement des frontières. Les divergences que l’on peut identifier concernent en particulier le rôle de l’Etat et les relations perçues entre la science économique et les autres sciences sociales. Ainsi, l’utilisation progressive des outils de l’analyse économique à des sujets sociaux ou politiques ne se traduit pas forcément par une critique systématique de l’intervention publique. Elle ne se traduit pas non plus systématiquement par la volonté d’asservir les autres sciences sociales à la théorie du choix rationnel ou à l’approche économique de Gary Becker.

Enfin, le dernier résultat concerne la notion d’impérialisme de l’économie et les débats sur la définition de la science économique. La notion même d’impérialisme de l’économie, laquelle émerge dans les années 1970, peut se comprendre comme une reconstruction à posteriori, donnant un sens aux élargissements successifs du domaine de la science économique, qui eurent lieu cours des années 1950 et 1960. Par conséquent, la vision communément admise de l’impérialisme de l’économie, selon laquelle le phénomène proviendrait directement de la définition de Robbins (1932), est remise en cause. Il semble plus correct de dire que dans les années 1970, les protagonistes de l’élargissement des frontières réutilisèrent une définition proche de celle de Robbins afin de donner un sens aux évolutions passées de la science économique, notamment sa formidable extension dans les années 1960.

 

Ce contenu a été publié dans Uncategorized. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.